Témoignages

Discours “émotion” de Marie-Anne Favreau lors des 150 ans de l’Orphelinat.

 

 

Bonsoir à tous,

Je voudrais commencer par les remerciements, même si d’habitude cela se fait à la fin, mais j’ai tellement de gratitude par rapport à tout ce qu’il se passe ce soir, que je vais le faire au moins deux fois.

Tout d’abord, j’aimerais remercier le président de Solidarité Jeunesse, Philippe Célérier, ainsi que Alain Dubuisson, Jean Claude Joly , (le frère qui nous offre le buffet), et La Grande Loge de France, pour avoir permis et aidé à l’organisation de cette soirée.

J’aimerais aussi vous remercier vous, d’être ici pour soutenir Solidarité Jeunesse et ses nombreux pupilles.

Et j’aimerais bien évidemment remercier les merveilleux musiciens qui sont là pour nous ce soir. J’aimerais les remercier particulièrement, car ce sont des gens qui travaillent beaucoup et qui ont des emplois du temps extrêmement chargés; et dans les temps qui courent, assez difficiles pour ce métier, c’est très délicat de demander à un musicien de prendre du temps pour répéter et travailler pour un concert non rémunéré. Mais s’ils sont là, ce n’est pas seulement parce que ce sont d’excellents musiciens, mais aussi parce que ce sont des amis. Et il a suffi que je leur dise “ça vous dit de faire de la belle musique pour un projet qui me tient à coeur?” pour qu’ils me disent oui, sans me poser de questions.

Il en va de même pour les membres du choeur, qui sont des musiciens amateurs, certes, mais ils ont aussi accepté avec enthousiasme de participer, et ont fait don de leur temps et leurs efforts pour la cause. Aussi à Bruno Ruffinel, le directeur de l’école BG Art où je dirige ce choeur, pour son soutien et grâce à qui je continue ma vie professionnelle dans un superbe cadre.

Je remercie donc tous les “intervenants” de ce soir, de m’avoir fait confiance et de nous offrir leur art.

Je prendrais le soin de vous les présenter au fur et à mesure, c’est là la moindre des choses.

Bon, je ne prétends pas faire un discours dans le style du festival de Cannes, même si on est en plein dedans en ce moment, mais ce soir je suis un peu une porte-parole des pupilles de SJ, alors même si vous en avez peut-être déjà marre de m’entendre parler, il est important, avant de commencer, que je vous en parle, car c’est finalement pour SJ est ses pupilles qu’on est tous ici ce soir.

Je voudrais vous en parler non pas tellement de façon générale, mais vous raconter mon histoire personnelle avec SJ, pour donner un exemple de combien cet orphelinat est important; car je ne sais pas si tous les gens ici présents ne savent pas à quel point leur contribution est précieuse; à quel point cet orphelinat change des vies depuis qu’il existe.

Ma vie ne serait pas telle qu’elle est aujourd’hui sans eux, sans vous. Je ne serais pas ici, je n’aurais jamais rencontré ces musiciens remarquables, je ne travaillerais pas moi-même entant que musicienne et chef et choeur, tout simplement parce que je ne serais même pas à Paris. Ce concert est une façon toute petite de vous remercier pour tout ce que je vous dois.

(Ne vous inquiétez pas, je vais résumer hein! Mais je m’excuse d’avance si ça prend un peu de temps..)

Mon père, Pierre Favreau, était franc-maçon, comme son père avant lui, Pierre Favreau aussi, (ils étaient très originaux, il s’est fallut de peu pour qu’ils ne m’appellent pas Marie-Pierre Favreau).

Ma mère étant espagnole, c’est à Madrid que j’ai grandi, avec mes parents.

En l’an 2000, alors que j’avais 11 ans, mon père et moi avons eu un accident de voiture, pendant lequel mon père est décédé. Je restais seule avec ma mère.

Deux ou trois semaines après l’accident, on voyage en France, et on assiste à une cérémonie, dont j’apprendrais plus tard que l’on appelle ça une tenue funèbre, avec des hommes qui parlent de mon père comme étant leur frère à tous. Cela me touche énormément, même si mes souvenirs sont vagues, car mon cerveau décida à l’époque de se mettre en mode avion pendant un bout de temps, il ne recevait plus les informations de l’extérieur, disons.

Bref, à ce que mon cerveau arrive à retenir plus ou moins, je me rends compte que bien que mon père eut été un médecin exceptionnel, il l’était beaucoup moins en tout ce qui concernait les papiers ou les finances familiales, si bien que l’on se retrouve ma mère et moi sans pension de veuve ni économies, et on doit partir de notre maison car ma mère ne peut plus payer le loyer toute seule. (Je pars habiter chez mon oncle et ma tante tandis que ma mère part chez ma grand-mère.)

Mais seulement quelques mois plus tard, SJ entre en jeux, et ça y est, on peut rentrer chez nous. On peut aussi partir en vacances en été en France…Et je vois Maman qui envoie des photos, de moi, de nous, heureuses, a la plage…”Mais c’est pour qui c’est photos, Maman?” “C’est pour SJ”.

Je comprends que c’est grâce à eux qu’on est là, que je vis chaque été des vacances inoubliables en France pendant mon enfance et mon adolescence; que je fais toutes ces choses que je ne peux pas faire à Madrid: voir mes amis français, manger des crêpes, monter à cheval, danser comme une folle “aux bal masqué oéoé” et tous ces souvenirs merveilleux qui font de moi une enfant heureuse, grâce à ces gens mystérieux à qui Maman envoie des lettres…je me souviens alors de tous ces frères de mon père.

Car voilà l’importance extrême de SJ pour nous, pupilles et parents, ce n’est pas seulement l’aide financière: c’est le sentiment de ne pas être seuls.

Tandis qu’on est petits, ce sont surtout les Mamans qui entretiennent la relation avec SJ, surtout pour ceux qui habitons loin de Paris, ou même de France dans mon cas.

Mais à 18 ans, je viens habiter à Paris (toujours grâce à eux) pour suivre mes études de musique au Conservatoire. Et c’est là que ces gens mystérieux deviennent des noms propres: Philippe, Mme. Musso, Georgette…Des personnes qui font depuis partie de ma vie, et à qui je dois tant.

Des personnes qui me disent: “si jamais tu as le moindre problème, on est là”. C’est la phrase que tout être humain aurait besoin d’entendre dans sa vie.

SJ organise des rencontres entre pupilles, des sorties culturelles ou de loisir auxquelles ils invitent les pupilles des quatre coins de la France, les Mamans se connaissent, ils organisent une merveilleuse fête pour 150 de l’orphelinat…

Et puis, la bourse pour les études supérieures, ainsi que les prix d’encouragement, donnent au pupilles un cadre, là où les Mamans seules perdent un peu l’autorité face aux mauvaises décisions qui nous guettent à l’adolescence…Cette bourse nous fait réfléchir deux fois avant de faire des bêtises…je dis ça pour les autres moi j’ai toujours été exemplaire…je rigole bien-sûr, moi aussi j’ai fait mes bêtises comme tout le monde…

Puis, il y a 4 ans, c’est le tour de ma mère de faire une grosse bêtise en chopant un cancer bien comme il faut. Et après 2 ans de lutte, opérations, chimio et tous les cadeaux qui vont avec, les médecins nous disent qu’il ne lui restent que 6 mois de vie. Et là vient l’une des décisions les plus difficiles que je dois prendre de toute ma vie: qu’est ce que je fais, je rentre à Madrid pour être avec elle ces 6 mois qui lui restent? sachant que cela implique ne pas terminer mon année de fac, et donc de perdre ma bourse Erasmus pour l’année suivante, ainsi que mon tout nouveau travail entant que chef de choeur, et ma dernière année pour avoir mon Diplôme de Direction?

Avec le consentement de ma mère, je décide de rester à Paris pour finir mes études mais aller tous les week-ends à Madrid pour être avec elle.

Sauf que, un billet d’avion par week-end, ça entraîne vite l’épuisement de toutes mes économies ainsi que les siennes, étant donné qu’on doit aussi payer une infirmière pour s’occuper de ma mère et de la maison. Au bout de 3-4 mois, je suis désespérée, alors je me souviens: “si un jour tu as le moindre problème, on est là”. J’appelle Philippe, et je n’ai même pas besoin de lui en dire beaucoup: c’est grâce à SJ que je peux finir mes derniers mois d’études tout en continuant d’aller la voir.

C’est tout ça que je dois à SJ. Une enfance heureuse malgré le deuil, réaliser mon rêve d’étudier la musique à Paris, avec des encouragements au lieu du vieux “quoi tu veux être artiste? ouhlala hors de question”; c’est grâce à eux que j’ai pu vivre un peu plus en paix le départ de ma mère, finir mes Diplômes, travailler depuis 4 ans entant que chef de choeur, ou même un truc aussi simple mais essentiel qu’est payer mon violon (je rigole pas ça coûte hyper cher ces machins).

Bref, c’est grâce à eux que je gagne ma vie aujourd’hui entant que musicienne et comédienne, ce dont je rêvais depuis gamine, et c’est pour tout cela que je suis si reconnaissante d’avoir eu la chance que j’ai eu et que j’ai encore.

Alors je m’excuse pour ces 5 heures de discours interminable, mais j’espère que celui-ci aura pu vous aider à vous faire une idée d’à quel point il est important de continuer à soutenir SJ, pour que d’autres enfants puissent avoir la chance que j’ai eu. Et encore merci à SJ. Vous rendez les vies meilleures.

 

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